Pression de l’entourage, des enseignants, du système social… les lycéens n’ont pas toujours le choix de leur orientation. En pleine période de questionnement et de doutes, leurs envies sont loin d’être toujours respectées, ou même entendues.

 

« Orientation ». Un terme qui effraie plus d’une personne avant la sortie du collège ou du lycée. Vers quel domaine se tourner ? Quelle école ? Quel apprentissage ? Comment savoir si la voie choisie correspond ? Tant d’interrogations qui se multiplient dans la tête des jeunes adultes, au moment de s’orienter vers un domaine dans lequel ils pourraient bien évoluer une grande partie leur vie.

Pour les accompagner dans le choix de leur orientation, les ressources ne manquent pas : conseillers d’orientation, professeurs principaux, ou même parents. Le rôle de ces personnes est souvent d’une importance capitale dans le choix de l’orientation. Parfois trop. Si bien que le lycéen doit mettre de côté la voie qu’il préfère, pour des critères qui ne sont pas satisfaisants aux yeux des parents ou de ses enseignants : salaire, taux d’insertion professionnelle, niveau d’étude trop faible… Des priorités qui diffèrent de l’idéal recherché par le lycéen. 

20% des 18-25 ans n’ont pas choisi leur orientation

En 2018, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie a réalisé une étude pour le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire), sur le vécu du parcours d’orientation chez les 18-25 ans. Un échantillon de 1 158 jeunes a été interrogé. Les résultats sont alarmants : près d’un jeune sur cinq estimerait ne pas avoir eu le choix dans son orientation. Un constat flagrant notamment dans les lycées professionnels. Les étudiants suivent alors un parcours par défaut, dans lequel ils ne se plaisent pas. La solution peut alors être la ré-orientation. Problème : celle-ci est bien souvent vue comme un échec.

Un accompagnement scolaire parfois défaillant

Dans le rapport du Cnesco, si près de 20% des 18-25 ans interrogés affirment ne pas avoir eu le choix dans leur orientation, ils sont 48% à reconnaître ne pas avoir été suffisamment accompagnés par leur établissement. Et ce, même si de nombreux moyens sont mis à disposition. « L’orientation représente désormais 54 heures en seconde », explique Nathalie Le Gall, directrice du CIO (Centre d’information et d’orientation) de Lannion. « Il y a maintenant deux professeurs principaux par classe. Les élèves sont mieux accompagnés et peuvent avoir deux regards sur l’orientation. Après, il y a forcément des profs principaux impliqués, et d’autres non. » 

Les professeurs donnent leur avis aux élèves concernant le choix des filières. Et les critères pris en compte, comme les résultats scolaires, privent parfois les élèves d’une filière qui leur aurait plu davantage. « La filière STMG est dévalorisée. La moitié des gens sont là à cause de leur notes, pas assez bonnes pour aller en filière générale », précise André-Pierre, élève au lycée Félix-Le-Dantec.

Pour Sophie, mère de quatre enfants, l’accompagnement scolaire n’est pas suffisant pour les lycéens : « Les profs ont une vision incomplète. Ils ne voient l’élève que dans leurs propres matières. Alors que l’élève pourra s’épanouir quand il sera dans un domaine qui lui plaira. »

L’influence majeure des parents

Interlocuteurs fréquents du lycéen sur le sujet de l’orientation, les parents ou les tuteurs sont bien souvent, selon l’étude du Cnesco, les interlocuteurs principaux (52%). Suivent ensuite les professeurs principaux (10%), les camarades de classe (7%), puis les frères et sœurs (6%). Finalement, les conseillers d’orientation d’établissements scolaires sont loin d’être les interlocuteurs privilégiés des élèves (6%).

Mais ne prenant pas toujours en compte les envies de leurs enfants, les parents sont les premiers à leur déconseiller certaines formations. Ils les poussent même à faire certains choix. 37% des jeunes interrogés estiment que leurs parents les ont poussé à suivre certaines options durant leur scolarité (latin, troisième langue, etc). Une proportion plus élevée chez les enfants de cadres (43%) que chez les enfants d’employés (35%)

 

Pour la directrice du CIO de Lannion, les parents peuvent accompagner leurs enfants, mais ne doivent pas pour autant les empêcher de choisir certaines formations : « Avec le chômage, beaucoup de parents sont angoissés, ils veulent un bon avenir pour leurs enfants. Les parents doivent laisser leurs enfants s’épanouir. » 

Un point de vue partagé par Manuella Radigue, coach professionnelle et personnelle à Lannion : « On demande aux jeunes de choisir très tôt, avec plusieurs niveaux de pression, souvent inconscients : la pression du système, où il faut “réussir”, et celles des enseignants et de l’entourage familial. Les élèves doivent avoir une capacité de recul pour faire leurs propres choix. »  

Anouk Loisel, Laureline Pinjon et Léo Roussel
Crédit photo : Anouk Loisel