On les entend peu et on ne les voit presque jamais. Mis à l’écart, volontairement ou non, et victimes de clichés, les gens du voyage sont des sans-voix dans les urnes comme dans les débats de société et la politique. Pourtant, à Lannion, certains étaient sur les ronds-points avec les Gilets jaunes. Dans les Côtes-d’Armor, l’association Itinérance22 les aide à se rapprocher du droit commun.  

Léo Tixador et Benjamin Pamiseux ont pris leurs vélos et sont partis rencontrer les habitants de l’aire d’accueil de Lannion. Écoutez leur podcast juste en dessous.


 

À Perros-Guirec, aucune aire d’accueil des gens du voyage. Pourtant, la loi du 5 juillet 2000 oblige les communes de plus de 5 000 habitants à en construire une. « Peu de villes respectent cette règle », note Serge Faindt, directeur de l’association Itinérance22, basée à Saint-Brieuc et agissant dans tout le département. « La défiance entre sédentaires et voyageurs est encore grande. À Perros-Guirec, un lobbying a empêché la création de l’aire d’accueil, pour conserver le chic de la station balnéaire. »

À Lannion, une trentaine de caravanes se côtoie sur le bitume, entre champs et centres de recherches. Les installations sanitaires sont vétustes et peu entretenues ; des toilettes ont même été condamnées.

L’impression d’être perçus négativement par les sédentaires ne pousse pas ces habitants à s’investir dans la vie publique. D’où le rôle de l’association Itinérance22, qui aide les gens du voyage dans leurs démarches administratives, – notamment pour les listes électorales – compliquées bien souvent par un illettrisme encore répandu. « La situation a évolué, mais encore aujourd’hui, presque aucun enfant n’est scolarisé à partir du collège. », indique Serge Faindt. 

Une loi qui évolue

Josué et sa fille
Josué et sa fille attendent la réponse à leur demande de logement.

Des barrières législatives existaient concernant le droit de vote des itinérants (retrouvez ici notre article sur l’abstention). Il y a peu, il leur fallait attendre trois ans pour pouvoir voter dans leur « commune de rattachement ». L’assignation à cette dernière nécessitait une demande d’élection de domicile, où les voyageurs devaient justifier d’une quelconque attache avec la ville (professionnelle, par exemple). Depuis deux ans, ils sont soumis au même régime que les autres citoyens, c’est-à-dire une attente de six mois.

Si leur statut juridique est maintenant le même que tous les Français, certains gens du voyage se rapprochent aussi d’un mode de vie sédentaire. Josué, qui a garé sa caravane à Lannion en juillet 2018, a fini par effectuer une demande de logement en maison pour lui et sa famille. « À l’heure actuelle, c’est la seule solution pour nous. On nous crée des aires d’accueil, mais elles sont insalubres. »  Sa demande est en cours d’acceptation. Malgré cette sédentarisation, Josué n’a pas peur de perdre son identité culturelle : « Être gens du voyage, ça reste dans le sang. »

Léo Tixador et Benjamin Pamisseux
Crédit photos : Léo Tixador